Processus interne : les trois B

4. Processus interne : les 3B

Pour Plantard, on peut distinguer trois modes de constitution interne des usages, selon une perspective plus anthropologique cette fois.

4.1 – Dimension anthropologique

Une analyse sociologique prend comme point d’appui le fait que les individus sont technophiles, impliqués dans le processus d’innovation. Or, tous ne sont pas technophiles ou novateurs. La dimension anthropologique permet de s’intéresser à tous, de comprendre tous les individus dans leur individualité, y compris dans une perspective de non-usage, le non-usage étant entendu comme une forme d’usage. Si les individus, dans leur quotidien, ne sont pas forcément pro-actifs en terme d’innovation, ils vont néanmoins structurer un usage selon trois “manières de faire” internes.

4.2 – le bricolage vs ingénierie

Cette notion a été développée par l’anthropologue Claude Lévi-Strauss (La pensée sauvage, 1962). Pour lui, les individus ont des besoins auxquels ils tentent de répondre, malgré un cadre technologique, des ressources culturelles et/ou économiques limitées, dont ils s’accommodent, voire s’affranchissent.

Cette notion précise surtout les usages individuels, ou de groupes restreints. Le bricolage s’oppose à l’ingénierie, dans le sens où il faut composer avec ce que l’on a.

[Exemple : Avec son Iphone, l’artiste présenté ci-dessous bricole des photos de qualité argentique, à une époque où le numérique est omniprésent dans la photographie. Ce bricolage s’apparente à l’usage devenu courant des filtres photo (type Instagram) sur smartphone.

]

4.3 – le braconnage vs programmation

Notion développée par Michel De Certeau dans L’invention du quotidien (1980). Cette manière de faire se réfère plutôt à des pratiques culturelles collectives, à des pratiques d’opposition aux contingences de la culture dominante.

Le braconnage s’oppose à la notion de programmation, les programmeurs ici sont entendus comme étant les représentants de la culture dominante. Les braconneurs détournent les objets techniques imposés par les programmeurs à d’autres fins, donc d’autres usages.

4.4 – le butinage et la sérendipité

L’individu agit par tâtonnement. Le butinage se comprendra comme le surgissement inattendu de l’usage, sans anticipation des finalités par l’usager au moment où il agit. Cette manière de faire invite à “se laisser surprendre”, favorise l’émergence créative, et tend à constituer quelque chose de nouveau.

Définition : la poiésis, c’est à dire l’action de faire en fonction d’un savoir, est la production d’un objet artificiel, posé en dehors de moi: une oeuvre.

Définition : le butinage c’est l’intuition, l’émotion et la création catalysées dans la poïèsis numérique.

En cela, il s’oppose à la navigation, qui consiste à savoir à l’avance vers quoi on se dirige.

[Exemple : oeuvre numérique créée par butinage …

]

Nous avons vu que, qu’ils soient plutôt constitués par des processus externes et/ou internes, les usages sont le fruit d’une socialisation de pratiques individuelles baignées d’imaginaire et de représentations. Ces usages une fois constitués, ils vont devenir des normes dans la société.

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