Analyse sociologique des usages

3. Analyse sociologique de l’innovation

Nous avons vu que 3 temps étaient nécessaires pour passer de l’innovation à la banalisation d’une technique ou d’une pratique. Ce processus ne se comprend pas de la même manière selon la place accordée aux acteurs et au déterminisme technologique. Aussi nous pouvons identifier différentes théories de la sociologie de l’innovation.

3.1 – Diffusion

La théorie de la diffusion a été proposée dès 1962 par l’américain Rogers. Pour lui, il existerait cinq éléments qui détermineraient l’adoption ou la diffusion d’une nouvelle technologie :

  • l’avantage relatif : le fait que l’individu perçoive l’innovation comme avantageuse.
  • la compatibilité : l’innovation peut se développer dans un contexte de valeurs existantes, les expériences passées, les pratiques sociales et normes des utilisateurs.
  • la complexité : plus l’innovation est simple à comprendre, mieux c’est.
  • la testabilité : autrement dit, l’essayer c’est l’adopter.
  • l’observabilité : plus les résultats de l’adoption de l’innovation seront clairs et plus les individus l’adopteront facilement.

Dans sa théorie, Rogers voit la technologie comme stable dans le temps, et incorporée telle quelle aux pratiques des individus. Il distingue en cela 5 groupes qui auprès desquels l’innovation technique va se diffuser, selon un courbe en cloche :

  • les innovateurs
  • les primo-adoptant

il identifie un gap ici : sur l’innovation franchit le cap des primo-adoptants, alors on entre dans une phase de massification à partir de laquelle, à mesure que le temps passe, tous les individus d’une société vont adopter l’innovation, de manière assez immuable et passive.

  • la jeune majorité
  • les suiveurs
  • la garde

3.2 – Traduction

Callon et Latour proposent eux une autre vision de l’innovation, avec la théorie de la traduction (1991), que l’on appelle souvent théorie de l’acteur réseau. Il faut voir le processus de socialisation comme une spirale : une innovation est proposée, celle-ci est incoprorée par un groupe, par un réseau, qui va venir modifier cette innovation selon ses besoins, ou traduire ses attentes auprès du concepteurs.

Ces groupes vont également réseauter avec d’autres groupes, qui vont apporter d’autres modifications, témoigner d’un autre besoin, exprimer leurs attentes d’une autre manière etc etc. De traduction en traduction, de réseau en réseau, et selon les formes successives que va prendre l’innovation, elle va gagner tout le réseau, se massifier.

Dans cette théorie, les acteurs sont très actifs dans le processus et la diffusion de l’innovation, il n’existe pas de discontinuité dans l’espace social.

3.3 – Appropriation

Proulx (1988) développe une troisième approche en parlant de l’appropriation de l’innovation, qu’il envisage comme une intégration créatrice, avec possibilité laissée aux individus de réinventer des pratiques, ou de modifier partiellement l’objet technique.

Pour s’approprier une innovation, il faut remplir 5 conditions :

  • Maitriser techniquement et cognitivement de l’artefact
  • Intégrer significativement le dispositif dans le contexte des pratiques de la vie quotidienne
  • Par l’usage, on ouvre des possibilités de création dans la pratique, qui font l’objet d’apprentissage par l’individu
  • La communauté permet de faire la médiation, de partager ces apprentissages
  • Une représentation politique donne la voix aux collectifs d’usagers ainsi constitué.

Ainsi, dans cette approche, la massification passe par les apprentissages d’un groupe qui n’est pas en prise directe avec les innovateurs, mais qui peut faire porter sa voix à travers la communauté qu’il constitue petit à petit 

3.4 – Limite de l’analyse sociologique

Si l’analyse sociologique des usages permet d’éclairer les processus de socialisation des pratiques, elle propose un cadre trop général pour y faire entrer les singularités de l’expérience individuelle. En effet, tout le monde n’est pas innovateur ou technophile et ne prend donc part aux approches décrites ci-dessus. C’est pourquoi nous allons prendre en compte des dimensions plus anthropologiques dans la suite.

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