Les techno-imaginaires

3. Les techno-imaginaires

 

Le lien fort existe entre l’objet technique et les usages et symboles partagés dans la société qui lui sont associés ; ce rapport est théorisé sous le terme de techno-imaginaire.

3.1 – Définition d’un techno-imaginaire

Définition : pour l’anthropologue Georges Balandier, les techno-imaginaires sont des imaginaires (donc des images, des récits …) “branchés sur la technique et dépendant de la technique”.

Ils sont une sorte de fusion de la fonctionalité et de la fictionnalité des objets techniques. Ils s’expriment dans la conception, les représentations, les pratiques et les usages que nous avons des TIC.

 Ils sont, comme l’est l’imaginaire en général, ambivalents : ils se polarisent entre techno-messianisme (idée que la technique solutionne les problèmes de l’humanité), et techno-catastrophisme (idée que la technique est pourvoyeuse de maux).

 

3.2 – Qui crée les imaginaires de la technique ? – Fondation de techno-mythes

Pour Flichy, il faut distinguer 3 groupes qui agissent activement sur les techno-imaginaires :

  • Les concepteurs de l’innovation qui proposent des usages potentiels
  • Les organisations publiques qui tiennent le discours sur le numérique
  • Les littérateurs qui produisent de la (science-) fiction

Ces techno-imaginaires consistent souvent en la réactualisation de mythes anciens dans le champs des TIC. Ainsi,  Moles (1990) identifie une liste de techno-mythes, c’est-à-dire de mythes qui s’expriment à travers les TIC.

[Un exemple : le mythe de Babel de la langue universelle trouve une résurgence dans l'application Word Lens traduit un texte simplement en le photographiant.]

3.3 – Les 7 couples miracles/frayeurs – différence Pharmakon

Afin de mieux lire les techno-imaginaires, Scardigli (1992) propose une liste de 7 couples ambivalent “miracles/frayeurs” qui permettent de décrypter les imaginaires de la technique.

1) Le pouvoir : liberté vs aliénation

2) Le savoir : intelligence collective vs abêtissement

3) La mémoire : se souvenir de tout vs risquer de perdre la mémoire

4) La justice  : plus d’égalité des chances vs fracture

5) Le lien social : connexion vs solitude

6) La prospérité économique : nouvelle économie vs destruction des emplois

7) Modification de l’espace/temps : plus de mobilité vs tendance à l’enfermement

 

! Attention : ces couples, s’ils sont ambivalents par nature, ne sont pas pour autant des jugements de valeurs relatifs aux techno-imaginaires : ils sont là pour décrire, cartographier des modes de penser, non pour dire que le techno-catastrophisme c’est mal et le techno-messianisme c’est bien. !

Il ne faut pas confondre cette dimension avec  le Pharmakon (Stiegler) qui est davantage un point de vue philosophique et moral sur le numérique, Stiegler cherchant à montrer que c’est par les poisons de la société du 21e siècle que peuvent apparaitre aussi les remèdes, et que le numérique (dans sa globalité) fait partie de ces poisons/antidotes.

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